Joli dur


La tête cramée d’une allumette. Une mèche insurgée. Des herbes folles. Une paupière close qu’une intrigue a crispée. Un incendie. Il y a dans les images de Thérèse Verrat et Vincent Toussaint la nature toute entière. Jolie dure. Pour comprendre ce qui les lie - les images, les deux v - il faut dresser l’inventaire des formes curieusement familières peuplant leur répertoire sans âge, du moins plus antique que d’aujourd’hui. Angle rond, goutte, empreinte, tâche, fente, feuille, colonne, pierre, grotte, ombre, jusqu’au fond de la piscine. Un air de dorica castra, cette suite qui n’a de logique que la répétition d’un même son, de la fin d’une unité au commencement d’une autre. Marabout, bout de ficelle. Peu de bruit dans ces photographies. L’essentiel est tu, passé sous silence. Tout se passe comme s’ils tournaient le dos au sensationnel, au coup d’éclat, persuadés que oui, l’ordinaire fait image. Tout à l’heure engourdie, la couleur soudain se cabre, devient furieuse, électrique. L’oeil des v-deux berce et brutalise. C’est là, au creux de ce temps mort, quand rien n’arrive, ou du moins pas grand chose, qu’enfle le vague à l’âme.